. Polynesia .
Rapa Nui ..
Mata ki te rangi *
Te pito o te henua **
* les yeux qui regardent les étoiles ** le nombril du monde

dimanche 30 mai 2010

Histoire chronologique de l’île de Pâques


 200 000 ans avant notre ère
Le volcan Maunga Teravaka entre en éruption. 95% de la surface de l’île est recouverte de lave fertile. Les conditions sont réunies pour qu’une forêt subtropicale voie le jour.
 1200 avant J.C.
Les Polynésiens pénètrent ce qui deviendra, plus tard, le triangle polynésien.
 Début de notre ère
L’île de Pâques est couverte d’une végétation dense. Les plus grands arbres culminent à trente mètres, leurs troncs dépassent les deux mètres de diamètre. C’est un petit paradis isolé du monde et sans prédateurs, qui devient le refuge et le principal centre de nidification du Pacifique pour une trentaine d’espèces d’oiseaux.
 600 après J.C.
Les îles Cook, de la Société et des Marquises sont colonisées par les Polynésiens naviguant, contre le vent, sur de très grandes pirogues doubles de haute mer.
 900 après J.C.
Les premiers Polynésiens découvrent l’île. La légende dit que Hoa-Tu-Metua arrive sur Anakena, la principale plage de l’île qu’il a vue dans ses rêves, avec sa grande pirogue et 67 Rongo Rongo.
 1000 ? après J.C.
Les Pascuans disposent encore de grandes pirogues avec lesquelles ils partent pêcher en haute mer, principalement des cétacés.
 1100
La construction des moai débute, nécessitant d’énormes quantités de bois, pour leur création, leur transport et leur érection.
 1200
Une douzaine de tribus règne sur l’île. Population estimée à 50 000 individus.
 1300
Les premiers jardins de pierre apparaissent. Ils tentent de conserver l’humidité et protégent du vent de petites cultures. Ils traduisent déjà un grave problème de déforestation.
 1400
Disparition totale des grands palmiers. Époque présumée de la disparition du charbon de bois.
 1500
Les os de cétacés, de thons, comme les hameçons en os, disparaissent à cette date des dépotoirs mis au jour aujourd’hui par les archéologues. Le bois commence à manquer. Les Pascuans n’ont plus les moyens de construire de vrais navires de haute mer. Il se peut que la priorité ait été donnée à la construction des derniers moai, considérés comme intermédiaires entre les humains et les dieux.
 1600
Arrêt définitif de la construction des moai, d’après les datations au carbone 14 des outils et des yeux de corail portés par quelques statues.
 1650
Les Pascuans n’ont plus que de l’herbe à brûler. Les poulaillers se développent… le cannibalisme également !
 1680
Les promesses des prêtres, prétendant communiquer avec les dieux et annonçant le retour de la prospérité de l’île, apparaissent illusoires, car peu à peu végétation et cultures disparaissent. Les chefs militaires, les matatoa, renversent les castes supérieures. Destruction des premiers moai.
 1687
Le flibustier Davis aperçoit une île – l’île de Pâques – qui sera nommée : « Terre de Davis » et qui laisse penser à l’existence… plus loin, de la fameuse Terra Incognita.
 5 avril 1722 – jour de Pâques
Le hollandais Jacob Roggeveen découvre une île stérile et dénudée. Il est surpris de constater à la fois son grand isolement et combien les petites pirogues des Pascuans sont de frêles embarcations ridicules d’à peine 3 mètres de long, prenant l’eau de partout et n’emportant pas plus d’une ou deux personnes à proximité du rivage. Comment les Pascuans sont-ils venus ici ? Roggeveen découvre les moai, de gigantesques statues qui, à l’évidence, n’ont pu être construites et érigées qu’avec énormément de poutres en bois, d’étais, de cordes, etc.. Cependant les plus « grands » arbres, ou plutôt les buissons, ne dépassent pas 2 à 3 mètres de haut ! Comment les Pascuans ont-ils procédé ?
 1774
Cook visite l’île. Il remarque que les Pascuans utilisent une langue polynésienne proche de celle de Hawai’i ou des Marquises. D’où sont-ils venus ?
 1786
Première expédition française. Les navires L’Astrolabe et La Boussole jettent l’ancre au large de Hanga Roa, le seul village de l’île. La Pérouse prend pied sur l’île. Le jardinier de l’expédition sème de nombreux légumes, tandis que des chèvres, des brebis et des cochons sont offerts aux Pascuans. La Pérousse continue son exploration du Pacifique. Il disparaît mystérieusement deux ans plus tard.
 1805
Capture d’un millier d’indigènes enrôlés de force par des négriers et des aventuriers sans scrupules. Parmi les prisonniers, un roi de l’île, Maurata, sa femme, ses filles, et surtout la plupart des détenteurs des traditions : prêtres, anciens et chantres Rongo Rongo. La culture de l’île s’effondre. Les quelques Pascuans restants (peut-être 1500 ?) deviennent hostiles.
 1816
Une expédition russe est accueillie par des jets de pierre. Les armes à feu leur répondent.
 1825
Echec similaire d’un navire anglais obligé de quitter l’île précipitamment devant l’hostilité des habitants.
 1838
Un navire français mouille au large de l’île. Les indigènes qui s’approchent avec de toutes petites embarcations ne cessent de s’agiter en répétant le mot miru, mot désignant le bois dont les grandes pirogues polynésiennes étaient faites.
 1840
La statue de Paro est renversée. Dernière statue à être détruite ostensiblement.
 1862 – 1863
Mille cinq cents Pascuans sont capturés par des marchands d’esclaves péruviens. La population de l’île est en chute libre, quelques centaines demeurent.
 1846
Arrivée d’un français exceptionnel, le frère Eugène Eyraud. Il constate destruction humaine, morale et matérielle. Il est à l’origine de la restructuration de l’île. Il découvre les premiers Rongo Rongo.
 1866
De terribles épidémies de variole et autres maladies, déclenchées par l’arrivée des Européens, ravage l’île. D’autres religieux viennent au secours des habitants, époque des premières conversions par les missionnaires. Pour lutter contre une prétendue idolâtrie, une très grande quantité de tablettes Rongo Rongo en bois sont détruites. Le peu de ce qui reste de la culture pascuane sombre dans l’oubli.
 1867
Dernière cérémonie pascuane sur le site Orongo. Le culte de l’homme-oiseau s’éteint.
 1868
L’année de la mort du frère Eyraud, un bâtiment de guerre de la marine britannique, le Topaze, détruit une maison du site cérémoniel d’Orongo pour subtiliser le moai le plus vénéré de l’île. Ce moai porte dorénavant le nom de Hoa haka nana ia (l’ami volé).La même année, arrivée d’un éleveur de moutons français, Jean-Baptiste Dutrou Bornier, qui deviendra un véritable tyran. L’apprenti dictateur sera mystérieusement assassiné en 1877.
 1877
La population de l’île chute à une centaine d’habitants.
 1888
Annexion de l’île de Pâques par le Chili, pour en faire un lieu d’élevage de moutons, de chèvres et de chevaux.
 1932
Premières études faisant état de possibles liens entre les tablettes Rongo Rongo et les signes non déchiffrés de l’Indus.
 1934
Disparition totale de la végétation causée par les animaux d’élevage. Profonde érosion des sols devenant totalement stériles. Visite de l’île par Alfred Métraux.
 1947
Périple du Kon Tiki entre le Pérou et la Polynésie par Thor Heyerdahl cherchant a démontrer (mais finalement sans succès) l’origine sud-américaine des Polynésiens.
 1960
Un tsunami ravage le site du Tongariki, dispersant ruines et moai déjà en partie détruits et/ou renversés.
 1966
Les Pascuans deviennent des citoyens chiliens.
 1979
Découverte d’un œil de moai en corail blanc, dont la pupille est en tuf rouge.
 1994
Inauguration du site restauré du Tongariki. Les 15 moai (dont le plus lourd pèse 88 tonnes) sont de nouveau érigés sur leur ahu de pierre et tournent ostensiblement le dos à l’océan tout proche. Le Tongariki est le plus grand monument de tout le Pacifique sud.
 1995
L’île de Pâques est déclarée « Héritage mondial de l’humanité » par l’UNESCO, sanctuarisant ainsi cet espace unique sur la planète. Étrange modèle métaphorique d’un cataclysme écologique provoqué par l’homme sur un environnement ayant connu à la fois une grande richesse naturelle et un équilibre des plus fragiles.
 2010
Hanga Roa, seul village de l’île de Pâques comprend environ 4000 habitants. L’île reste austère et dénudée.

Il demeure aujourd’hui vingt-six tablettes Rongo Rongo éparpilleés dans les musées du monde. Plus aucune n’est présente sur Te pito o te henua, le nombril du monde, où quelques habitants sculptent maintenant, sans grande conviction, de petits moai de 30 cm de haut qu’ils vendent aux touristes…

Les Rongo Rongo sont toujours indéchiffrés… quoique si l’on prend connaissance des tomes 2 et 3 de Polynesia

mercredi 24 février 2010


Rapa Nui

une métaphore

une histoire à méditer


Éparpillés sur les flancs intérieurs et extérieurs du volcan Rano Raraku, 397 moai généralement de 4,5m à 6m, mais dont le plus grand mesure 21m pour un poids estimé de 270 tonnes.
Du bord du cratère du volcan partent, vers le nord, le sud et l’ouest, trois anciennes voies larges de plus de 7m. La plus grande s’étend sur une distance de 14,5 km. Le long de ces voies, on trouve 97 statues. Le long de la côte et parfois dans les terres, 393 autres statues qui ne regardent jamais l’océan.

L’immense carrière du Rano Raraku donne toujours cette impression d’une usine à ciel ouvert dont les ouvriers se seraient soudain enfuis en abandonnant sur le site tous leurs outils de pierre.
Que s’est-il donc passé ?

L’île de Pâques cumule bien des interrogations :


Que signifient les Rongo Rongo ?

Pourquoi et comment les grandes statues ont-elles été créées ?

Pourquoi le peuple pascuan semble-t-il avoir brusquement disparu ?

Si les Rongo Rongo demeurent un vrai mystère, source possible de fiction – pour le tome 2 de Polynesia, L’Invasion des formes, par exemple - les deux autres questions semblent aujourd’hui avoir des réponses.

Dans son excellent livre de 2005, « Effondrement » édition Folio essais, et plus spécialement dans le chapitre 2 : « Crépuscule sur l’île de Pâques », Jared Diamond développe deux thèses très intéressantes sur le pourquoi des moai et surtout sur les raisons de l’effondrement de la société pascuane. L’explication de cette disparition prend aujourd’hui, où l’on s’interroge sur l’avenir de la Terre, une résonance toute particulière.




Le texte qui suit est essentiellement inspiré du livre de Jared Diamond.

Contrairement à ce qu’il était courant d’entendre il y a encore quelques années, on sait maintenant que l’île de Pâques a été recouverte, pendant des centaines de milliers d’années et encore au premier temps de la colonisation humaine, d’une forêt subtropicale constituée de grands arbres et de taillis. Les examens des carottes de sédiments par radiodatation montrent la présence d’une grande variété de pollens. On estime qu’une vingtaine d’espèces végétales principales prospéraient et furent très précieuses pour les premiers habitants. Deux des plus grands arbres communs sur Rapa Nui pouvaient atteindre quinze et trente mètres de haut, et certains diamètres de troncs dépasser les deux mètres, d’après les traces trouvées dans d’anciennes coulées de lave.

D’autres études ont montré qu’avant l’arrivée de l’homme l’île possédait six espèces d’oiseaux terrestres et vingt-cinq espèces d’oiseaux de mer. L’absence totale de prédateurs a donc fait de l’île de Pâques un site idéal de reproduction et de nidification, et semble-t-il, le plus riche de tout le Pacifique.

Par ailleurs, le sol était extrêmement fertile en raison de la dernière éruption volcanique du Teravake qui s’est produite il y a 200 000 ans, ce qui est récent à l’échelle géologique, et qui a recouvert de lave 95% de la surface de l’île.

Avant l’arrivée des premiers Polynésiens, vers 900 après J.C., l’île de Pâques avait donc toutes les apparences d’un petit paradis, possédant une flore et une faune variées, contrairement au paysage actuel souvent constitué de mornes étendues, plus ou moins vallonnées, où culminent les cratères érodés de trois volcans éteints, et où une steppe pelée plus minérale que végétale domine.

Les premiers hommes ont sans doute découvert l’île de leur rêve. Des fouilles ont montré que, dans les dépotoirs alimentaires des premiers âges de l’occupation humaine, il y avait une proportion considérable d’os de cétacés qui n’ont pu être pêchés qu’au large, à l’aide de très grandes pirogues faites pour la haute mer et construites avec de grands arbres.

À l’origine, la société pascuane s’est structurée en une douzaine de tribus, toujours en contact en raison de la faible superficie de l’île. L’augmentation manifeste de la taille des moai au cours des âges laisse penser qu’il s’était instauré une concurrence sévère entre les chefs commanditaires qui les utilisaient comme preuve de leur mana et rivalisaient par leur intermédiaire.

La fabrication des moai, comme leur transport et leur érection, nécessitait à la fois énormément de bois et de nourriture. L’explication la plus rationnelle du transport de statues de plusieurs dizaines de tonnes, sur des distances dépassant parfois 14 km, sur un terrain souvent accidenté, est l’utilisation de voies spéciales, constituées de rails de bois faits de grands troncs, sur lesquels on faisait glisser des traîneaux de bois tirés à l’aide de très longues cordes fabriquées avec les végétaux présents. Une telle technique n’était pas unique, elle était encore récemment utilisée en Nouvelle Guinée et à Hawai’i pour mettre à l’eau de grandes pirogues. Les moai ainsi tirés nécessitaient environ 500 personnes, ce qui correspond, a priori, au quart de la population d’une tribu.
On a calculé que construction, transport et érection à l’aide de plans inclinés formés de nombreuses pierres patiemment accumulées, devait entraîner, pour une part non négligeable de la population une grande consommation de nourriture contribuant à l’épuisement très rapide des ressources naturelles dans cet environnement réduit.

La taille et l’isolement de l’île de Pâques la placent au sein du Pacifique dans une situation extrêmement sensible. Les chercheurs ont identifié neuf paramètres pouvant être responsables d’une déforestation naturelle. Il se trouve que pour l’île de Pâques la quasi-totalité de ces paramètres mettent cette île dans une situation très critique et donc très exposée à ce risque. Sur cette île, la plus isolée du monde, à l’environnement originel riche mais très fragile, s’est en plus développée une société qui a exigé pour des raisons de pouvoirs et de rivalités de plus en plus de bois, de cordes, de nourriture. L’île de Pâques est l’exemple le plus flagrant d’une société qui a contribué à sa propre destruction en surexploitant ses propres ressources dans un environnement fragile.

L’isolement total de l’île, l’impossibilité de construire de grands vaisseaux océaniques tels ceux ayant servi aux premières migrations, en raison de la disparition brutal du bois, l’absence de situation de repli ou de coopération éventuelle avec un peuple voisin, ont conduit les Pascuans à leur perte.

La conclusion de Jared Diamond est limpide :


« L’isolement de Pâques explique probablement aussi pourquoi l’effondrement de cette société, plus que n’importe quelle autre société préindustrielle, ne cesse de captiver. Les parallèles que l’on peut établir entre Pâques et l’ensemble du monde moderne sont d’une dramatique évidence. En raison de la mondialisation, du commerce international, des vols internationaux et d’Internet, tous les pays du monde partagent aujourd’hui des ressources et interagissent, tout comme le faisait la douzaine de clans de l’île de Pâques. L’île polynésienne était tout aussi isolée dans l’océan Pacifique que la Terre l’est aujourd’hui dans l’espace. Lorsque les Pascuans étaient dans une situation critique, ils n’avaient nulle part où aller, ni personne vers qui se tourner pour obtenir de l’aide, tels nous autres, Terriens contemporains qui n’aurons non plus nul recours extérieur si nos problèmes s’aggravent. Voilà pourquoi l’effondrement de la société de l’île de Pâques est comme métaphore, un scénario du pire … »

dimanche 21 février 2010

Les mystères de l'île de Pâques sont-ils tous résolus ?

Quels sont les mystères généralement évoqués ?

1) L'origine des habitants de l'île de Pâques, les Pascuans.
2) Les grandes statues, les moai.
3) L'effondrement de l'ancienne société de l'île de Pâques.
4) Les Rongo Rongo.

Bien des travaux atténuent fortement l'aspect mystérieux de l'origine des habitants, des moai ou de l'ancienne société pascuane.
Voir :
e - Effondrement d'une société.

Mais l'énigme posée par les Rongo Rongo n'a pas avancé d'un pouce depuis leur découverte en 1864.
Voir :
d- Les Rongo Rongo

Personne ne sait si les Rongo Rongo constituent ou non une écriture.
Personne ne sait à quoi ils pouvaient bien servir?
Personne ne sait si les signes ont été créés à l'île de Pâques même, ou apportés de l'extérieur, par exemple comme le dit la légende, par Hoa-Tu-Metua, le père fondateur de Te pito o te henua, le nombril du monde. Il serait arrivé avec sa grande pirogue double sur la plage d'Anakena avec 67 Rongo Rongo...

Toujours est-il que les Rongo Rongo portent une formidable charge onirique et représentent l'un des principaux moteurs de l'action développée dans les tomes 2 et 3 de la trilogie Polynesia.

Les Rongo Rongo



Le plus grand des mystères de l’île de Pâques n’est peut-être pas la raison d’être des moai, les grandes statues, mais celle des Rongo Rongo, les fameuses tablettes.


Une légende de Rapa Nui (1) raconte que le père fondateur de l’île de Pâques, Hoa-Tu-Metua, partit de Mare Renga (2) vers Te Hitia o te Rä (3) à la recherche d’une île qu’il voyait toujours dans ses rêves. Avec sa grande pirogue double, il finit par arriver sur la plage d’Anakena de Te pito o te henua (4). Il avait avec lui 67 tablettes parlantes couvertes d’une multitudes de signes, des Rongo Rongo.
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(1) : nom pascuan actuel de l’île de Pâques
(2) : île de Mangareva, archipel des Gambier, Polynésie française
(3) : le soleil levant
(4) : le nombril du monde, le premier nom de Rapa Nui, l’île de Pâques

Une autre légende rapporte que ce n’est pas un hasard si la signification des Rongo Rongo a disparu. Car Hoa-Tu-Metua, dont le mana (5) était considérable, aurait lui-même provoqué cette disparition. D’après certains anciens de Rapa Nui, il aurait déclaré :
« Les événements à venir détruiront les tablettes sacrées que nous emportons avec nous et celles que nous fabriquerons dans notre nouveau fenua (6). Des hommes d’autres races garderont le peu qu’il en reste comme des objets inestimables, mais leurs tahu’a (7) les étudieront en vain sans jamais pouvoir les comprendre. Aue ! Aue ! »
------------------
(5) : pouvoir
(6) : le pays, la terre
(7) : expert

Le mana de Hoa-Tu-Metua était très puissant car il traversa les siècles. Personne ne sait aujourd’hui ce que sont les Rongo Rongo, peut-être une écriture… peut-être pas. Et il est exact qu’une énorme quantité de tablettes parlantes a été détruite au moment du contact des Européens avec Rapa Nui - souvent parce que les prêtres missionnaires se sont évertués à faire disparaître toute forme d’une prétendue idolâtrie… Force est de constater qu’il n’en reste que vingt-six de par le monde, réparties dans les musées, et que plus aucune n’existe sur Rapa Nui.



La charge onirique que les Rongo Rongo transportent a été l’un des déclencheurs du tome 2 de Polynesia - L’Invasion des formes. On trouvera dans ce livre, comme dans le tome 3, Le Pouvoir de signes, une approche toute particulière de ce qu’ils pourraient être… mais n’oublions pas, les romans sont surtout faits pour rêver, ce ne sont que des fictions… enfin, c’est souvent ainsi… mai te reira iho ä !
Les Rongo Rongo ont été découverts vers 1864. Suivant les auteurs, ils comprennent de 200 à 600 signes de base constituant plus de 1400 glyphes en tenant compte des variants. Certains penchent pour une écriture syllabique ou idéogrammatique…



L’une des caractéristiques surprenantes des Rongo Rongo est qu’ils ont été gravés sur les tablettes en utilisant la technique dite du « boustrophédon alterné ».

On voit nettement sur le morceau de tablette ci-dessous, où les petits personnages anthropomorphes facilement reconnaissables ont élé colorés, comment ils sont inversés d'une ligne à l'autre.

Il est donc nécessaire de retourner constamment la tablette pour parcourir les différentes lignes si l'on veut garder la même orientation spatiale pour observer les différents symboles.


Les signes sont disposés les uns après les autres, mais arrivé au bout d’une ligne, le lecteur doit retourner la tablette de 180 degrés pour continuer sa lecture, le haut de la tablette devient alors le bas…

Les glyphes ont donc été créés comme le chemin tracé par le paysan avec sa charrue : arrivé au bout du champ, il retourne sur ses pas, et l’église qui était à sa gauche se trouve maintenant à sa droite…

Les grandes statues - Les moai


En bleu, illustrant les photos,
un extrait du tome 2 de Polynesia
" L'Invasion des formes "



Les moai, ce sont eux les vrais habitants de l'île, ils en sont les seigneurs !




Ils sont partout !
Debout,
tombés, entiers,


cassés, seuls ou alignés en groupes,
par cinq,
sept
ou quinze,
au bord des rochers et de la mer toujours rugissante, giflés par les embruns
ou perdus dans la lande,

terminés
ou en chantier,



presque achevés
ou en projet, comme sur les flancs du volcan Rano Raraku.
Lieu tabu où les anciens Pascuans ont laissé un atelier à ciel ouvert. Un atelier fabuleux où gisent, inachevés, des colosses de plusieurs dizaines de tonnes. Ils sont des centaines, voire un millier, toujours perdus dans un paysage que l’on croirait volontairement pauvre et sobre, amplifiant l’incroyable présence de ces géants érigés sur des plateformes de pierres - ahu - rappelant les marae des autres îles polynésiennes. Depuis des siècles et des siècles, tournant immuablement le dos à moana, l’océan, ils scrutent le ciel de leur étrange regard sans fond.

Qui n’a pas vu l’ahu Tongariki n’a pas vu l’île de Pâques. Là, plus qu’ailleurs, nous prenons conscience de l’emprise étrange des lieux sur nous.


L’île de Pâques n’est pas une île comme les autres. Ce n’est pas son terrible isolement de tout autre terre, de tout autre continent, se chiffrant en plusieurs milliers de kilomètres, qui a créé cette île. Ce ne sont pas non plus les moai qui pourtant la caractérisent. Ce sont les moai SUR leur île qui font Rapa Nui. Le Tongariki contient à lui seul la quintessence du mystère. Le paysage pascuan est tout entier fait pour les moai. Les moai ne seraient peut-être pas ce qu’ils sont, les moai ne dégageraient peut-être pas toute cette force que l’on ressent, si les plaines et les vallons n’étaient pas aussi pelés, perdus, d’aspect minéral et désertique, et ne les présentaient pas comme émergeant du plus sobre et du plus insolite des écrins.

L’ahu Tongariki montre quinze moai alignés parallèlement à la côte qu’ils dédaignent. Ils sont rigoureusement rangés les uns à côté des autres sur un immense tumulus de pierre, de forme parallélépipédique, leur ahu. C’est le plus grand monument du Pacifique sud. La force des lieux, la puissance qui en émane pour tous ceux qui le découvrent, tient autant des statues que du site en lui-même. Une immense plaine descend du volcan Rano Raraku. La pente d’abord rapide devient très vite lente et se désespère vers l’océan. Elle développe une sorte de gigantesque amphithéâtre de deux à trois kilomètres de diamètre, bordé par le volcan à l’ouest et par la mer au sud-est. Là, n’accordant leur présence qu’à cette vaste étendue, quinze géants de pierre regardent les étoiles des hauteurs de l’île. A leur gauche, des collines désolées plongent quasiment à la verticale dans le Pacifique. Dans un semblant de baie, très inhospitalière, surgit des eaux toujours tumultueuses un piton deux fois plus haut que large. Cette dent d’ogre tente de rivaliser avec le pouvoir vertical des moai. Devant ces guerriers, il n’y a que l’espace qui sied à ceux qui dominent le monde. Rien qu’une très pauvre terre pour que tout homme osant y naître soit convaincu, face au mana des colosses de pierre, de sa misérable condition. Ils sont l’univers à eux tout seuls et, comme pour bien l’affirmer, devant eux s’étend le néant tandis que dans leur dos les puissances océanes se perdent en vaines agitations.


L’océan ! Un mois en son intime compagnie, uniquement pour découvrir Rapa Nui par la mer ! Les îles doivent toujours être découvertes par la mer, et cela doit prendre du temps. C’est comme ça qu’on peut comprendre. Seuls les gens de mer peuvent entrevoir ce qu’a été la route, puis l’arrivée des premiers Polynésiens sur leur île, sur leur plage, Anakena. Ce n’est pas tant l’accès avec de grandes pirogues qui en lui-même paraît déjà une performance, c’est surtout qu’à part une autre bande de sable ridicule, la plage Ovahe un peu à l’est, et le minuscule abri précaire de Hanga Roa, Rapa Nui n’est pas une île accueillante par l’océan. Partout des roches déchiquetées, éclatées, agressives, aussi bien pour les terriens que pour les marins. Et cette houle toujours présente, et ces déferlantes toujours montrant les dents et déchirant une côte noire et grise, toujours. Rapa Nui n’est pas une île pour bateaux. Si la petite darse artificielle, unique point d’accès possible par mer, n’avait pas été construite, le Toa Marama ne serait jamais venu ici, ou aurait dû attendre au large pendant des jours une période exceptionnelle de très beau temps lui permettant de mouiller sans trop de risques pas trop loin d’une côte. Pourtant, les anciens Polynésiens y sont bien arrivés il y a des siècles, sans cartes et sans instruments, uniquement en suivant les chemins d’étoiles et Te Hitia-o-te-Rä, le soleil levant.

Le premier roi de l’île de Pâques accoste avec sa pirogue double à Anakena, la seule vraie plage de Rapa Nui. Entre des roches agressives continuellement battues par les flots, se love une merveilleuse petite anse de deux cents mètres de large de sable blanc immaculé, la plage de ses rêves. Là, entre les roches volcaniques, sa femme met immédiatement au monde Atariki. Quand il lève les yeux, il a une vision. Pour remercier les dieux de lui avoir enfin donné son île, sa plage et son fils, il érigera là des colosses de pierre.















Ils domineront le monde, et comme lui en ce moment même, immobiles et fièrement tournés vers l’intérieur de l’île, ils auront le regard perdu dans les étoiles en mémoire de la route.

La plage d’Anakena.
En haut, sept autres colosses, posés comme à la parade sur leur ahu, leur monumental socle de pierres, observent sans ciller le centre de l’île.







Ici, la beauté magique de quelques cocotiers adoucit la force minérale des gigantesques statues. Plus loin, sur un semblant de plateforme naturelle, un guerrier moai isolé surveille les abords marins.




samedi 20 février 2010

Découvrez l'île de Pâques

En bleu, illustrant les photos,
un extrait du tome 2 de Polynesia
" L'Invasion des formes "

L’île de Pâques est austère.

Partout, des volcans éteints dont quatre seulement ont gardé béant leur cratère. La plupart aux dômes arrondis,



parfois remplis d’eau, toujours dans un paysage d’une froide beauté.

Rapa Nui est surprenante. Pas de port pour les gros navires. Les cargos mouillent au large et ...
... quelques barges font la navette avec le port minuscule, juste suffisant pour le Toa Marama qui voisine avec un ou deux autres bateaux de passage.
Plus proche des habitations, se trouve un autre abri encore plus précaire, à moitié ouvert vers l’océan et finissant par une toute petite plage où s’ébattent les enfants de l’île.

Un endroit battu par la houle où quelques barques à moteur colorées sont amarrées à un énorme cordage traversant la petite anse.
Tout à côté, un seul village, Hanga Roa, concentrant les 3800 habitants qui ne respirent pas la richesse. Pas de grands hôtels, pas de buildings, pas de boutiques si ce n’est un unique lieu qui se veut culturel et où sont parqués des artisans attendant les touristes.
S’égrenant le long de la rue principale, des étals et des cabanes de petits vendeurs et des commerces de première nécessité.
Le reste de l’île demeure totalement sauvage. Un paysage de lande ou de steppe avec parfois un rare et maigre bois d’eucalyptus.
Mais le plus souvent, c’est une proportion sidérante de cailloux et de pierres se perdant à l’horizon, une immensité lunaire, minérale, cristallisée, calme et silencieuse. Une autre planète. Sur le sol, des éclats de lumière noire, de l’obsidienne. Parfois une petite route, souvent une piste.
Pas la moindre maison, pas de bâtiment ni de ligne électrique, aucun signe de civilisation moderne. Rien qu’une terre aride et désolée que traversent des hordes de chevaux sauvages et que dominent quelques rapaces.
Et puis, bien sûr, il y a les moai ...

mardi 16 février 2010