. Polynesia .
Rapa Nui ..
Mata ki te rangi *
Te pito o te henua **
* les yeux qui regardent les étoiles ** le nombril du monde
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dimanche 21 février 2010

Les grandes statues - Les moai


En bleu, illustrant les photos,
un extrait du tome 2 de Polynesia
" L'Invasion des formes "



Les moai, ce sont eux les vrais habitants de l'île, ils en sont les seigneurs !




Ils sont partout !
Debout,
tombés, entiers,


cassés, seuls ou alignés en groupes,
par cinq,
sept
ou quinze,
au bord des rochers et de la mer toujours rugissante, giflés par les embruns
ou perdus dans la lande,

terminés
ou en chantier,



presque achevés
ou en projet, comme sur les flancs du volcan Rano Raraku.
Lieu tabu où les anciens Pascuans ont laissé un atelier à ciel ouvert. Un atelier fabuleux où gisent, inachevés, des colosses de plusieurs dizaines de tonnes. Ils sont des centaines, voire un millier, toujours perdus dans un paysage que l’on croirait volontairement pauvre et sobre, amplifiant l’incroyable présence de ces géants érigés sur des plateformes de pierres - ahu - rappelant les marae des autres îles polynésiennes. Depuis des siècles et des siècles, tournant immuablement le dos à moana, l’océan, ils scrutent le ciel de leur étrange regard sans fond.

Qui n’a pas vu l’ahu Tongariki n’a pas vu l’île de Pâques. Là, plus qu’ailleurs, nous prenons conscience de l’emprise étrange des lieux sur nous.


L’île de Pâques n’est pas une île comme les autres. Ce n’est pas son terrible isolement de tout autre terre, de tout autre continent, se chiffrant en plusieurs milliers de kilomètres, qui a créé cette île. Ce ne sont pas non plus les moai qui pourtant la caractérisent. Ce sont les moai SUR leur île qui font Rapa Nui. Le Tongariki contient à lui seul la quintessence du mystère. Le paysage pascuan est tout entier fait pour les moai. Les moai ne seraient peut-être pas ce qu’ils sont, les moai ne dégageraient peut-être pas toute cette force que l’on ressent, si les plaines et les vallons n’étaient pas aussi pelés, perdus, d’aspect minéral et désertique, et ne les présentaient pas comme émergeant du plus sobre et du plus insolite des écrins.

L’ahu Tongariki montre quinze moai alignés parallèlement à la côte qu’ils dédaignent. Ils sont rigoureusement rangés les uns à côté des autres sur un immense tumulus de pierre, de forme parallélépipédique, leur ahu. C’est le plus grand monument du Pacifique sud. La force des lieux, la puissance qui en émane pour tous ceux qui le découvrent, tient autant des statues que du site en lui-même. Une immense plaine descend du volcan Rano Raraku. La pente d’abord rapide devient très vite lente et se désespère vers l’océan. Elle développe une sorte de gigantesque amphithéâtre de deux à trois kilomètres de diamètre, bordé par le volcan à l’ouest et par la mer au sud-est. Là, n’accordant leur présence qu’à cette vaste étendue, quinze géants de pierre regardent les étoiles des hauteurs de l’île. A leur gauche, des collines désolées plongent quasiment à la verticale dans le Pacifique. Dans un semblant de baie, très inhospitalière, surgit des eaux toujours tumultueuses un piton deux fois plus haut que large. Cette dent d’ogre tente de rivaliser avec le pouvoir vertical des moai. Devant ces guerriers, il n’y a que l’espace qui sied à ceux qui dominent le monde. Rien qu’une très pauvre terre pour que tout homme osant y naître soit convaincu, face au mana des colosses de pierre, de sa misérable condition. Ils sont l’univers à eux tout seuls et, comme pour bien l’affirmer, devant eux s’étend le néant tandis que dans leur dos les puissances océanes se perdent en vaines agitations.


L’océan ! Un mois en son intime compagnie, uniquement pour découvrir Rapa Nui par la mer ! Les îles doivent toujours être découvertes par la mer, et cela doit prendre du temps. C’est comme ça qu’on peut comprendre. Seuls les gens de mer peuvent entrevoir ce qu’a été la route, puis l’arrivée des premiers Polynésiens sur leur île, sur leur plage, Anakena. Ce n’est pas tant l’accès avec de grandes pirogues qui en lui-même paraît déjà une performance, c’est surtout qu’à part une autre bande de sable ridicule, la plage Ovahe un peu à l’est, et le minuscule abri précaire de Hanga Roa, Rapa Nui n’est pas une île accueillante par l’océan. Partout des roches déchiquetées, éclatées, agressives, aussi bien pour les terriens que pour les marins. Et cette houle toujours présente, et ces déferlantes toujours montrant les dents et déchirant une côte noire et grise, toujours. Rapa Nui n’est pas une île pour bateaux. Si la petite darse artificielle, unique point d’accès possible par mer, n’avait pas été construite, le Toa Marama ne serait jamais venu ici, ou aurait dû attendre au large pendant des jours une période exceptionnelle de très beau temps lui permettant de mouiller sans trop de risques pas trop loin d’une côte. Pourtant, les anciens Polynésiens y sont bien arrivés il y a des siècles, sans cartes et sans instruments, uniquement en suivant les chemins d’étoiles et Te Hitia-o-te-Rä, le soleil levant.

Le premier roi de l’île de Pâques accoste avec sa pirogue double à Anakena, la seule vraie plage de Rapa Nui. Entre des roches agressives continuellement battues par les flots, se love une merveilleuse petite anse de deux cents mètres de large de sable blanc immaculé, la plage de ses rêves. Là, entre les roches volcaniques, sa femme met immédiatement au monde Atariki. Quand il lève les yeux, il a une vision. Pour remercier les dieux de lui avoir enfin donné son île, sa plage et son fils, il érigera là des colosses de pierre.















Ils domineront le monde, et comme lui en ce moment même, immobiles et fièrement tournés vers l’intérieur de l’île, ils auront le regard perdu dans les étoiles en mémoire de la route.

La plage d’Anakena.
En haut, sept autres colosses, posés comme à la parade sur leur ahu, leur monumental socle de pierres, observent sans ciller le centre de l’île.







Ici, la beauté magique de quelques cocotiers adoucit la force minérale des gigantesques statues. Plus loin, sur un semblant de plateforme naturelle, un guerrier moai isolé surveille les abords marins.